“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Trip Tips - Fanzine musical !

dimanche 18 septembre 2016

COURTNEY MARIE ANDREWS - Honest Life (2016)




OO
lucide, lyrique, élégant

folk, bluegrass

On attendait cet album en 2015 ! Mais on devine quelle difficulté il y a pour une artiste, avec le sentiment que sa maturité artistique est venue, à se convaincre d'enregistrer et produire sans autre support que des amis musiciens réunis pour l'occasion un album à la hauteur du potentiel. « C'est difficile quand vous commencez si jeune, car vous êtes passionné et vous avez tendance à vouloir faire écouter toutes les chansons que vous écrivez. Mais je n'y étais pas encore. Les deux dernières années, sont celles où j'ai vraiment eu l'impression de trouver ma singularité. » Remisés, alors, seront les précédents albums, On My Page (2013), No One's Slate is Clean (2011) et For One I Knew (2010), qui suscitaient pourtant déjà l'admiration. Honest Life se résume à ces mots, recueillis par Stephen Deusner pour le Webzine The Bluegrass Situation : « Je pense que j'ai finalement compris comment écrire ». 

Dans ses expériences passées, dans l'accompagnement d'autres musiciens et le développement de sa propre écriture, la songwriter a appris à enrichir le répertoire universel des chansons folk, capables de voyager autant que Courtney Marie Andrews elle même l'a fait, depuis sa naissance en Arkansas en 1991. Des chansons qui doivent trouver un sens autonome et être suffisamment bonnes pour se trouver interprétées par d'autres, dans dix ans, cinquante ans. Qui n'ont pas besoin des artifices que les producteurs contactés lui proposaient. Il y a un sérieux dans l'entreprise que la pochette de l'album traduit bien : la volonté de se présenter avec une franchise définitive, jusque dans le fond de ses capacités artistiques, c'est à dire sentimentales et intuitives.

Honest Life est, on l'espère un peu, un album qui devrait amener plus souvent le nom de Courtney Marie Andrews dans les conversations des pourvoyeurs de musique et pas seulement des chanceux qui on pu la voir en concert. Là, de passage deux ans plus tôt en France, elle n'était déjà plus au stade de l'essai. Elle sait que tout ne vient pas d'un coup ; mais quand elle reconnaît, sur Rookie Dreaming, la difficulté qu'il y a à donner le meilleur de soi même, elle nous persuade qu'un pas a été franchi. Honest Life se caractérise dès lors par une maîtrise (vocale, remarquablement) dont l'ostentatoire s'efface derrière un sens concret et lumineux. Les paroles sont celles d'une jeune femme qui refuse d'être instrumentalisée, dans des relations où on ne la comprenne pas. Elles sont directes, familières et nous incitent à aller mieux. Elle chante avec un calme détonnant pour quelqu'un conscient que la seule chose qu'on s'imagine faire dans la vie peut souffrir d'un revers. Il y a une force impassible, elle parvient à nous faire croire que « c'est la vie » et ne cherche plus à provoquer la colère ou la pitié de personne.
Les détours de ces chansons sont ceux qui vous permettent, sous la claire influence des toutes choses formelles, la voix forte et engageante et les thèmes country-folk authentiques, de redessiner votre propre vie émotionnelle, que ce soit pour s'élancer dans une allée droite ou pour louvoyer encore. On se prend à croire que la jeune femme, encore dans sa vingtaine, puisse utiliser à dessein le futur antérieur, comme un subterfuge. « Tout ce que j'aurai voulu c'est une vie honnête/et devenir la personne qui se trouvait vraiment au fond de moi. » On veut croire ses chansons de belles expériences temporelles, qui ont le pouvoir d'être hier, aujourd’hui, demain.

samedi 17 septembre 2016

MOTHERS - When You Walk A Long Distance, You Are Tired (2016)


O
poignant, envoûtant, sensible
indie rock 

Un album qui restera rare, dans la mesure où seul un pressage vinyle a pour l'instant été fait – et épuisé. La voix de Kristine Leschper se rapproche de celle d'Angel Olsen ou de Sharon Van Etten, mais cette comparaison ne remet pas en cause son identité et la force de sa volonté. Elle a monté cet incroyable groupe à Athens (Georgie), dont le son capable d'une beauté formelle éloignée de l'indie rock plus débraillé est pourtant capable de revenir dans le giron de ce que leur producteur Drew Vandenberg a l'habitude de monter, avec Deerhunter notamment (Copper Mines). 

Il y a une forme de jusqu'au-boutisme dans cet album. S'il ne contient que huit chansons, la maîtrise du groupe lui permet de les agencer comme un parcours sensoriel sans issue, depuis l'introspection la plus revancharde, comme sur le très rock Lockjaw, jusqu’à la félicité d'une légèreté soudaine dans le vibraphone de Burden of Proof

 C'est un cycle où on ne croit jamais les douleurs apaisées pour de bon. On se retrouve avec le plaisir coupable d'entendre des choses comme « You Love me mostly when i'm leaving » ou d'autres phrases dépréciatives tout en sachant que Leschper n'a sans pas encore débouché sur ses idées les plus noires. Mais l'intensité de son timbre, parfois bordé de choeurs spectraux (sur le glaçant Blood Letting) justifie cette plongée vers une poésie si peu réparatrice et fait de Mothers l'une de plus fraîches découvertes du genre cette année. 

Sans compter sur les sublimes guitares, comme en témoigne le mieux la dernière minute de Hold You Own Hand : nommée ainsi comme pour signifier que l'apaisement restera solitaire et désolé, et qui fait culminer dans une dernière lamentation de plus de sept minutes ce disque à couper le souffle d'intensité.  


http://mothersathens.bandcamp.com/

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